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Chapitre 15

Calcul du Prix

       «A la fin, Mon Cœur Immaculé triomphera. Le Saint-Père Me consacrera la Russie et elle se convertira, et une période de paix sera accordée au monde.» C'est ce qu'a promis la Mère de Dieu à Fatima.

       Mais quelque chose ne va pas. Les prophéties de Fatima, accomplies sans erreur à tous autres égards, n'ont pas été accomplies en cela. La Mère de Dieu nous a-t-Elle induits en erreur? Ou est-ce plutôt certains hommes qui nous ont trompés?

       Le 3 mars 2002, la revue Time rapportait que «un mois après les attaques du 11 septembre, les fonctionaires fédéraux supérieurs, craignaient qu'une arme nucléaire en provenance d'un arsenal russe ait été introduite clandestinement à New York. Le Groupe de Sécurité Contre-terroriste de la Maison Blanche, qui fait partie du Conseil de Sécurité Nationale, fut averti du danger par le rapport d'un agent sous le nom de code DRAGONFIRE (feu de Dragon) selon la revue, mais les officiels de New York et les doyens du FBI ne furent pas informés, afin d'éviter la panique.»

       Bien que le rapport se soit révélé plus tard inexact, un «gouvernement clandestin» a été installé, à la capitale de Washington, dans des forts souterrains, et des détecteurs nucléaires ont été placés à des points-clefs sur tous les Etats-Unis en anticipation de ce que le Président et ses conseillers croient être une attaque, inévitable et beaucoup plus mortelle, pour des terroristes musulmans. Comme l'a rapporté le 3 mars 2002 Le Washington Post: «Alarmée par des allusions croissantes aux progrès de Al Qaeda pour l'acquisition d'une arme nucléaire ou radiologique, l'administration Bush déploie des centaines de sensoriels sophistiqués depuis novembre vers les frontières des Etats Unis, les installations maritimes et les points sensibles autour de Washington. Elle a placé le Delta Force, unité de commando d'élite de la nation, en nouvel état d'alerte proche pour saisir le contrôle de matériel nucléaire que peuvent détecter les sensoriels.»

       Se basant sur des renseignements humains faillibles, les chefs politiques montrent une prudence suffisante pour parer au pire, qu'ils voient venir. Mais les révisionnistes de Fatima au sein du Vatican, à la suite de la Ligne du Parti de Sodano, nous disent que nous pouvons en toute sécurité, déconsidérer les renseignements célestes de source infaillible, qui nous avertissent de l'anéantissement des nations. Pire, ils cachent à l'Eglise une partie vitale de ces renseignements célestes — les paroles du Troisième Secret qui manquent encore — tout en nous assurant que tout a été dévoilé. Et tandis que le monde se bouscule, semble-t-il, vers le désastre, l'Eglise n'est pas à court d'idiots utiles, seulement trop heureux de faire écho à la Ligne du Parti, tout en aidant à dénoncer quiconque la remet en question.

       A considérer par rapport à cet écrit, que dix-huit ans se sont écoulés depuis la consécration supposée de la Russie le 25 mars 1984 — au cours d'une cérémonie vaticane dont toute mention de la Russie fut volontairement omise. Sur les dix-huit années écoulées, il n'y a pas eu de triomphe du Cœur Immaculé — et la Russie ne s'est pas convertie. Tout au contraire, pendant la même période, l'appareil du Vatican a ouvertement refusé, comme «ecclésiologie périmée,» toute tentative de chercher à convertir au Catholicisme en Russie.

       En Russie et dans le monde entier, l'holocauste de l'avortement brûle toujours plus haut sous le regard de Dieu. Il y a eu au moins 600 millions de victimes de la guerre des non-nés depuis la «consécration» de 1984, le sang de chaque victime criant vengeance vers le Ciel.

       Pourtant, pas même, semble-t-il, la catastrophe du 11 septembre 2001, ou la menace d'événements pires à l'avenir, ne détournera l'appareil du Vatican de poursuivre la nouvelle orientation «post-Fatima» de l'Eglise. Au lieu de la Consécration de la Russie, le Vatican a programmé une autre rencontre de prière pan religieuse, la Journée Mondiale de prière pour la Paix à Assise le 24 janvier 2002. Catholiques, Orthodoxes, Protestants, Hindous, Musulmans, Juifs, Animistes africains, Bouddhistes, Shintoïstes, Confucianistes, Tenrikyvistes et Zoroastriens furent transportés du Vatican à Assise dans ce que l'Osservatore Romano a appelé «un train de la paix.» Les «représentants des religions du monde,» y compris un docteur sorcier, donnèrent tous des sermons sur la paix mondiale depuis un grand pupitre en bois établi en bas de la Basilique Saint François. Au cours de l'événement, chaque «religion» non chrétienne se vit attribuer une pièce dans le Saint Couvent de Saint François pour accomplir des rites païens et offrir des prières pour la paix à différents dieux et esprits. A la fin de l'événement, les «représentants des religions du monde» ont placé de petites lampes à huile allumées sur une table pour symboliser leur engagement supposé à la fraternité inter-religieuse et à la paix mondiale, et puis on est rentré chez soi.

       Par la suite, il n'y eut, bien sûr, aucune paix. Le lendemain même, les Israéliens se mirent à bombarder les cibles palestiniennes, puisque le conflit arabo-israélien continuait à se lancer vers une guerre sans frein, tandis que l'Inde testait un missile nucléaire. Au cours des quelques semaines suivantes, les Hindous et les Musulmans dont les «représentants» étaient allés à Assise déposer leurs lampes à huile sur la table, se mirent à se massacrer en Inde Occidentale; en simplement trois jours d'émeute, le total des morts était de 3001.

       Pas de paix dans le monde et pas de paix en Russie. Nous sommes plutôt, comme l'a dit le Pape Jean-Paul II à Fatima en 1982, confrontés à «des menaces quasi apocalyptiques se profilant sur les nations et l'humanité dans l'ensemble.» C'est la conséquence du mépris des avertissements dans le rapport de renseignements célestes transmis au monde à Fatima.

       Et qu'en est-il de la paix à l'intérieur de l'Eglise Elle-même? La aussi la Vierge de Fatima nous a donné un avertissement. Là aussi, il fut déconsidéré par les hommes qui nous disent que le Troisième Secret de Fatima «appartient au passé.» Aujourd'hui la corruption et l'effondrement de l'élément humain de l'Eglise, au cours des quarante dernières années, éclatent au grand jour, pour la chronique quotidienne et la risée du monde entier. Cela vient de ce que les ecclésiastiques ont rejeté le Message de Fatima qui nous donnait le moyen de connaître par avance et de prendre des mesures pour éviter l'infiltration homosexuelle du monde sacerdotal qui fait rage sans frein aujourd'hui.

       On sait depuis longtemps que la majorité des Catholiques, victimes de décennies de «réformes» liturgiques et œcuméniques insensées, ne possèdent plus la foi dans la Sainte Eucharistie et ne considèrent plus leur Eglise comme essentiellement différente d'une dénomination protestante; et ne se sentent pas obligés de suivre l'enseignement de l'Eglise sur le mariage et la procréation. Mais en l'année 2002, l'Eglise subirait un autre coup dévastateur pour Sa crédibilité.

       Au moment où ce livre s'écrivait, la presse exposait le scandale massif de la pédophilie dans l'Archidiocèse de Boston — où le Cardinal Law cachait depuis des décennies les activités de prêtres prédateurs. Evidemment dans une panique de danger éventuel, un diocèse après l'autre en Amérique du Nord s'est mis soudain à produire des listes de prêtres suspectés d'abus sexuels à des autorités de renforcement de la loi — après avoir caché pendant des années cette information de la part des victimes et de leurs familles et avoir déplacé les coupables d'un lieu à l'autre. La revue diocèse par diocèse d'abus sexuels de prêtres sur des petits garçons fut fournie à la une de Newsweek et de National Review et dans une quantité de cas sur les journaux nationaux et locaux. On ne peut qu'imaginer ce qui gît sous la pointe de cet iceberg.

       Les séminaires et les couvents d'Amérique du Nord et d'Europe sont pratiquement vides ou fermés, excepté ceux tenus par de petits ordres «traditionalistes» (comme la Société Saint Pie X ou la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre) qui suivent «les anciennes voies.» Il n'y a pas tout de suite assez de vocations pour remplacer les anciens prêtes qui meurent ou se retirent dans le «courant principal» de l'Eglise. Et il est largement connu que parmi les quelques hommes qui entrent quand même dans les séminaires du «courant principal» adhérant aux «réformes» post-conciliaires, il y a un très gros pourcentage d'homosexuels. Le Père Donald Cozzens, directeur du Séminaire Sainte Marie à Cleveland (Ohio), n'a fait qu'admettre ce que tout le monde voit, quand il fait remarquer dans son livre: The Changing Face of the Catholic Priesthood (La Face Changeante du Sacerdoce Catholique):

       Finalement au début du 21e siècle, on perçoit de plus en plus que le sacerdoce est, ou devient, une profession gay … Les séminaristes hétérosexuels sont incommodés par le nombre de gays qui les entourent … Le séminariste droit ne se sent pas à sa place et il est possible qu'il interprète sa déstabilisation intérieure comme le signe qu'il n'a pas la vocation au sacerdoce … Les contacts sexuels et les unions romantiques parmi les séminaristes gays créent des réseaux d'intrigue et de jalousie intenses et compliqués2.

       La plaie de l'abus sexuel et de la perversion parmi le sacerdoce ne se limite guère à l'Amérique du Nord. L'Angleterre, la France et l'Espagne ont leurs propres scandales impliquant des prêtres homosexuels et pédophiles et même l'un des principaux Archevêques polonais a été renvoyé au Vatican par des prêtres confrères qu'il a séduits et violentés sexuellement. Et en Afrique, un vaste scandale impliquant l'abus sexuel de religieuses par des prêtres africains a été rapporté dans la presse mondiale et reconnu par le Vatican. Le porte-parole du Vatican, le Père Bernardo Cervellera, (directeur de Fides, service d'information missionnaire du Vatican) a présenté l'excuse outrageante que «le problème était limité à l'Afrique subsaharienne et y était lié à des points de vue culturels négatifs des femmes et de la valeur du célibat … Ce ne sont pas des cas de violence “psychopathique” contre des femmes, mais plutôt, “une manière culturelle de vivre” c'est commun dans toute la région ...» L'abus des nonnes par des prêtres africains est «une manière culturelle de vivre» en Afrique! Tout simplement, les prêtres africains n'apprécient pas la «valeur» du célibat! Selon Reuters, le Vatican «examine la situation, … mais aucune action directe n'a été menée3

       Aucune action directe par le Vatican contre les prêtres qui abusent sexuellement de religieuses; mais le Père Nicholas Gruner a été déclaré «suspendu» dans la Congrégation pour le Clergé, c'est l'unique annonce publique concernant la «discipline» pour n'importe lequel des 260 000 prêtes diocésains de l'Eglise en 2001 — et pour le crime d'avoir répandu le Message authentique de Fatima. Telles sont les priorités vaticanes dans la nouvelle orientation de l'Eglise Catholique.

       Bien qu'à tous points de vue, la nouvelle orientation de l'Eglise soit un échec désastreux, ne produisant rien que les plus amers des fruits, les membres de l'appareil du Vatican, qui harcèlent le Père Gruner, persévèrent dans leur poursuite de nouveautés ruineuses. Dans la mesure de leurs intérêts, il n'y aura pas de retour au «modèle» de l'Eglise représentée par le Message de Fatima. Il n'y aura pas de consécration publique «gênante» de Fatima. Il n'y aura pas de conversion «périmée» de la Russie à la Foi Catholique. Il n'y aura pas de triomphe du Cœur Immaculé, car ce serait une entrave au «dialogue œcuménique» avec les Protestants et les Orthodoxes. Et donc la Russie ne s'est pas convertie et il n'y a pas de paix mondiale et l'Eglise Catholique demeure dans un état proche du chaos — sans doute prédit dans le Troisième Secret.

       En Russie, après quarante ans de «dialogue œcuménique» sans courage, les Orthodoxes russes sont plus farouches que jamais dans leur rejet de la primauté papale et leur opposition à l'Eglise Catholique. La hiérarchie orthodoxe russe a explosé en outrages, en février 2002, à l'annonce du Vatican que ses «administrations apostoliques» en Russie seraient désignées comme diocèses. Ceux-ci ne seraient même pas des diocèses au sens catholique traditionnel. Par exemple, il y aurait seulement un «Archidiocèse de la Mère de Dieu à Moscou»; et l'Archevêque chargé de cette structure ne portera pas le titre d'Archevêque de Moscou, de crainte pour le Vatican, d'offenser le Patriarche Orthodoxe Russe de Moscou, l'ex-agent du KGB, Alexis II.

       Après la création des «diocèses» catholiques, la rage anti-catholique de la hiérarchie orthodoxe russe — héritière illégitime de paroisses catholiques et de croyants catholiques dépouillés de la véritable Eglise à la pointe du fusil par Joseph Staline — s'est déchaînée. La visite du Cardinal Kasper à Moscou fut annulée en signe de protestation de la création des diocèses. Dans sa déclaration écrite pour annoncer l'annulation, le Métropolite Orthodoxe Kyrill de Smolensk, qui devait conduire la délégation orthodoxe russe pour encore une autre ronde de négociations «œcuméniques» futiles, a déclaré avec colère: «Nous n'avons rien à dire les uns les autres.» Conclusion adéquate à une action qu'il était inutile d'entreprendre. Le 2 mars 2002, le Pape a dirigé un office de prière du samedi qui fut radiodiffusé du Vatican en Russie par satellite. L'émission a été absolument interdite par les mêmes réseaux de la télévision russe maintenant sous la coupe de Vladimir Putin. C'est seulement en introduisant dans le pays un équipement spécial (gardé à la douane jusqu'au dernier moment) que quelques milliers de Catholiques ont pu voir le Pape sur les écrans de télévision installés à la Cathédrale de l'Assomption à Moscou. Selon un rapport de la BBC, le «Patriarche Alexis de l'Eglise Orthodoxe Russe a dit que (l'émission par satellite) était une “invasion de la Russie” et a fait allusion à l'occupation polonaise de Moscou au début du 17e siècle. Jean-Paul est d'origine polonaise4.» Après quarante ans d'Ostpolitik et de «dialogue œcuménique,» la hiérarchie orthodoxe ne tolérera même pas en Russie une image vidéo du Pape. C'est la conversion de la Russie promise par Notre-Dame de Fatima?

       Essayant de faire bon visage à la débâcle de la Russie, l'Archevêque Tadeusz Kondrusiewicz, le nouveau chef de l'«Archidiocèse de la Mère de Dieu à Moscou» a déclaré «C'est tout un malentendu.» L'Eglise Catholique n'a pas l'intention de faire des convertis parmi les Orthodoxes, pas l'intention de chercher la conversion de la Russie. Après tout, c'était le même Archevêque Kondrusiewicz qui avait publiquement déclaré en 1998 (comme nous l'avons noté), «Le Concile Vatican II a déclaré que l'Eglise Orthodoxe est notre Eglise Sœur et a la même voie du salut. Donc, il n'y a pas de raison d'avoir une politique de prosélytisme.» Une anecdote de l'Associated Press sur la réaction de Kondrusiewicz à l'hostilité orthodoxe notait que «des Paroissiens sont venus récemment en larmes trouver Kondrusiewicz, se plaignant que la rhétorique indignée des chefs orthodoxes aux informations nationales depuis le 11 février, leur a fait craindre de pratiquer leur foi5.» Tandis que les prélats orthodoxes maudissaient l'Eglise Catholique aux informations nationales, «les ultra nationalistes ont joint leurs forces à l'Eglise Orthodoxe de Russie en critiquant l'Eglise Catholique de son “prosélytisme” [et] un panneau parlementaire présente un plan d'investigation6

       Ce n'est pas comme si les prélats orthodoxes de Russie défendaient de leur côté une Eglise vibrante. Presque tous ceux qui se désignent orthodoxes russes ne pratiquent pas leur religion. The Economist note que «la Russie subit une crise de la foi. Selon la revue, 94% des Russes de 18 à 29 ans ne vont pas à l'église7.» La dégénérescence morale de la société russe que nous avons déjà mentionnée continue à la même cadence: deux avortements pour toute naissance vivante (une moyenne de cinq à six avortements pour chaque femme russe), l'alcoolisme effréné, et la mort prématurée par maladie et crime de violence, une épidémie de SIDA qui bourgeonne, suite à la légalisation de l'homosexualité par Boris Eltsin, une industrie pornographique prospère pour enfants, et le reste.

       Mais l'Eglise Catholique n'aura pas l'autorisation de remplir le vide spirituel que ne peut remplir l'Orthodoxie russe. La loi de 1997 en Russie sur la «liberté de conscience» continue à accorder à l'Orthodoxie russe un statut légal particulier, ainsi qu'au Judaïsme, à l'Islam et au Bouddhisme, tout en interdisant le «prosélytisme» catholique et en exigeant l'enregistrement des églises catholiques par des bureaucrates locaux. L'Eglise Catholique garde un profil si bas en Russie que le bureau de Moscou d'où l'Archevêque Kondrusiewicz dirige les affaires de l'Eglise est «fourré derrière le bureau d'un commandant militaire et ne porte aucune enseigne indiquant la résidence du gouvernement russe de l'Eglise Catholique8

       En l'année 2002, les Catholiques demeurent en Russie une petite minorité dans les ténèbres. Il y a peut-être 500 000 Catholiques de nom dans une nation de 144 millions. Le petit pourcentage de Catholiques qui vont même à la Messe le dimanche (la plupart en Sibérie) dépendent presque entièrement de prêtres non-russes autorisés à entrer en Russie seulement avec un visa de visiteur qui requiert un départ du pays tous les trois mois pour chercher un renouvellement, qui peut être refusé à tout moment et pour n'importe quelle raison et sans raison du tout. Le Secrétaire même de la Conférence Episcopale Catholique de Russie, le Père Stanislaw Opiela, s'est vu refuser trois fois le visa d'entrée sans explication: «Je ne pense pas que j'essaierai une autre fois. Cela n'en vaut pas la peine,» a-t-il dit. «Peut-être y aura-t-il un genre de protestation9.» Et puis, en avril 2002, Monseigneur Jerzy Masur, assigné par le Vatican à l'administration de la région de Sibérie, vaste (mais de faible densité de population) fut chassé de Russie, son visa d'entrée confisqué sans explication. Monseigneur Masur a appris qu'il avait été ajouté à une «liste» secrète de personnes considérées comme «indésirables» et n'aura plus l'autorisation d'entrer sur le territoire de Russie.

       Tous ces événements en Russie ont mené l'Archevêque Kondrusiewicz à faire paraître une protestation formelle de la part de la Conférence Episcopale Catholique de Russie, intitulée «La Liberté Religieuse en Russie Est En Grave Danger.» La protestation déclare:

       Les Catholiques de Russie se demandent: que va-t-il se passer ensuite? Les garanties constitutionnelles sont-elles aussi valides pour eux, y compris la liberté de conscience et du droit d'avoir leurs propres pasteurs, ce qui comporte le droit de les faire venir de l'étranger, sans oublier que pendant 81 ans, l'Eglise Catholique a été privée du droit de former et d'ordonner ses propres prêtres? Peut-être l'Etat considère-t-il vraiment les Catholiques comme des citoyens de seconde classe? Retourne-t-il (l'Etat) aux temps des persécutions de la foi? … L'expulsion d'un évêque catholique qui n'a pas violé de loi, surpasse toutes limites imaginables de relations civilisées entre l'Eglise et l'Etat … Avec inquiétude sérieuse, nous exprimons notre protestation décisive quant à la violation des droits constitutionnels des Catholiques10.

       En fait, fin 2002, le propre porte-parole du Pape, Joaquim Navarro-Valls, a déclaré que les actions contre l'Eglise Catholique par les autorités russes avait atteint le niveau d'un «authentique persécution.» Donc, tandis que le Cardinal Sodano et les adeptes de sa Ligne du Parti insistent sur le fait que la Russie a été consacrée au Cœur Immaculé il y a 18 ans et que l'état actuel des affaires en Russie est le «miracle» de la «conversion» qui résulte de cette «consécration,» aussi bien le premier Prélat de l'Eglise Catholique de Russie que le porte-parole personnel du Pape dénoncent publiquement la persécution de l'Eglise en Russie et avertissent du grave danger couru par la liberté religieuse chez les Catholiques russes. Insensée: c'est le seul mot qui convient pour qualifier cette situation.

       C'est encore pire pour l'Eglise Catholique dans les «anciennes républiques soviétiques» voisines. En Roumanie, au moins onze paroisses volées par Staline ont été rasées au bulldozer plutôt que d'être rendues à leur légitime propriétaire après la «chute du communisme» en 199011. En Biélorussie, selon un rapport de l'Office Mondial d'Information Catholique, du 10 janvier 2002, il y a «de nouvelles indications troublantes d'hostilité envers l'Eglise Catholique» et «la diffusion de la Messe du dimanche par l'Office de radio d'Etat a été annulée sans avertissement.» Comme l'a noté CWN, «La Biélorussie est un Etat officiellement laïque … [Son] Président autoritaire Aleksandr Lukashenko, bien qu'il se proclame athée, regarde néanmoins du côté de l'Eglise Orthodoxe pour soutenir sa politique “d'intégration de la Biélorussie à la Russie.» Les exemples de persécution de l'Eglise Catholique en Biélorussie, au Kazakhstan, en Moldavie, en Roumanie, en Transylvanie et ailleurs dans «l'ancienne Union Soviétique» pourraient se multiplier à l'infini.

       Et où est le Président de Russie, Vladimir Putin, dans tout cela? Il s'est occupé à rassembler les éléments jamais tout à fait démantelés d'une dictature de type soviétique. Selon le rapport de l'édition (online) du London Times du 12 janvier 2002, «la dernière station indépendante de télévision de la Russie a été fermée hier, laissant toutes les diffusions du pays sous contrôle du Kremlin» — la même diffusion qui dénonçait l'Eglise Catholique sur la question des diocèses en Russie. Comme par programme réorganisé, la même chose se passe en Ukraine. Le 21 décembre 2001, WorldNetDaily rapportait «La torche de la liberté a perdu de sa lumière dans l'ancienne République Soviétique d'Ukraine — comme dans la plus grande partie du territoire de l'ancienne URSS — avec la réduction au silence, par le gouvernement, du dernier service médiatique indépendant et la controverse qui continue autour du meurtre d'un journaliste populaire au franc-parler.» Il y a eu beaucoup de meurtres et «d'accidents» fatals impliquant des journalistes depuis la «chute du communisme.»

       En relation avec sa mainmise systématique sur les mass-média sous prétexte de «collection de dettes» et «d'évasion d'impôts,» Putin a restauré l'hymne national soviétique, consolidé le contrôle du Kremlin sur les provinces russes et signé un traité «d'amitié» militaire et diplomatique avec la Chine Rouge. Putin a même ordonné la création d'un calendrier commémoratif glorifiant l'ère soviétique, la Prison de la Lubyanka (pierre angulaire du goulag soviétique) et le boucher de l'ère soviétique Félix Dzerzhinsky qui a fondé le KGB, autorisé la torture et l'exécution de prêtres catholiques, et présidé la liquidation de la classe moyenne russe par Lénine. Le calendrier est en usage dans les bureaux du KGB qui a été stratégiquement rebaptisé le FSB.

       Comme par coïncidence magique, un culte national à Vladimir Putin est en train de naître «spontanément.» Selon le rapport de l' Electronic Telegraph du 8 mai 2001:

       [Le] culte du Président Putin a reçu un nouvel élan hier où des milliers d'étudiants ont célébré, sous les murs du Kremlin, le premier anniversaire de sa prise de pouvoir. Le rallye, où beaucoup portaient des T-shirts ornés du visage de M. Putin, a sondé de nouvelles profondeurs d'abjection vis-à-vis de l'ancien colonel du KGB, déjà immortalisé dans les livres d'enfants, la sculpture et le reportage obséquieux des médias. Les orateurs ont essayé de se surpasser dans leur louange du grand dirigeant. Leur rhétorique a livré de nouvelles pénétrations dans la pensée des loyalistes de Putin, qui maintenant dominent la bureaucratie, le parlement et la radiodiffusion d'Etat.

       Tous ces événements furent résumés par Yelena Bonner, veuve du physicien dissident soviétique Andrei Sakharov: «Sous Putin, a commencé une nouvelle étape de l'introduction du Stalinisme modernisé. L'autoritarisme s'accroît, la société se militarise, le budget militaire augmente.» Bonner a averti que «sous l'actuel gouvernement, notre pays peut s'attendre, dans un avenir prévisible, à des soulèvements destructifs qui pourraient aussi affecter les pays voisins.» Elle a aussi établi des parallèles clairs entre la Russie «convertie» et la Russie de Staline: «environ un tiers de la population a travaillé pour rien ou pour des salaires symboliques pendant l'ère stalinienne. Dans la Russie moderne, les deux tiers de la population sont aux limites de la pauvreté: Le système de la santé est pire aujourd'hui que dans les années cinquante. Staline a massacré environ 20 millions (en fait plus vraisemblablement 50 millions) de personnes, tandis que dans la Russie d'aujourd'hui la population baisse de 1 million par an12

       Au moment où la Russie embrasse un stalinisme modernisé, en avançant la déclaration mensongère que la Russie se «convertit» depuis la consécration du monde en 1984, le Cardinal Sodano continue son programme d'alignement de l'Eglise Catholique sur les forces du Nouvel Ordre Mondial qui émerge. Des organismes de presse catholique ont rapporté avec désarroi que le Secrétariat d'Etat du Vatican soutient activement la Cour Criminelle Internationale (ICC) nouvellement créée, jusqu'au point d'apporter une contribution financière à ses caisses13. Des commentateurs catholiques, rejoints par des commentateurs laïques, avertissent depuis longtemps que la ICC est une menace directe aux droits des nations souveraines et de leurs peuples parce qu'elle revendiquera une juridiction pour présider à des jugements politiquement motivés — jugements sans appels — de citoyens de toute nation, basés sur une liste toujours plus longue de «délits» à poursuivre14. Ces jugements seraient dirigés, sans aucune sauvegarde de procédure, sur témoignage et avec droit de confronter les témoins qui sont essentiels à un procès légal en due forme15.

       Partout — dans l'Eglise, en Russie, dans le monde — les praticiens de la Ligne du Parti de Sodano sur Fatima voient la preuve de son échec. Pourtant les collaborateurs de Sodano au appareil du Vatican et leurs dupes révisionnistes de Fatima dans l'Eglise, continuent à dire avec insistance que la Russie a été consacrée au Cœur Immaculé il y a 18 ans, que des événements récents en Russie sont «un miracle,» que le Troisième Secret et le Message de Fatima dans son ensemble «appartiennent au passé» et sont devenus sans intérêt pour nous. Les Catholiques comme le Père Gruner qui continuent à relever les évidences, sont actuellement soumis à l'équivalent d'une purge stalinienne pour leur manque de fidélité à la Ligne du Parti. Ils sont dénoncés comme «désobéissants,» «schismatiques,» et leur «fidélité au Pape» est remise en question, même si le Pape n'a jamais personnellement reconnu ou imposé la Ligne du Parti de Sodano sur Fatima mais plutôt, donné des indications révélatrices de sa complète erreur.

       Comment calculer le prix de la conspiration insensée qui vise à se débarrasser des prophéties de la Mère de Dieu à Fatima? Le prix en souffrances temporelles et en dommage pour les âmes est déjà au-delà de toute estimation humain : la misère du peuple russe et la persécution d'Etat des Catholiques de Russie qui se poursuit; l'holocauste de l'avortement dans toutes les nations; une marée montante de violence dans le monde entier; la perte d'âmes sans nombre par la destruction de la Foi Catholique et la corruption du clergé catholique, étalée maintenant aux yeux du monde entier. Et pourtant tout cela fut certainement prédit dans cette partie du Troisième Secret que nous n'avons pas été autorisés à voir; et tout cela aurait pu être évité si les hommes qui gouvernement l'Eglise aujourd'hui avaient suivi, plutôt que méprisé, les simples requêtes de la Vierge de Fatima.

       Mais quel sera le prix dans les jours à venir, si le courant établi par les accusés pour l'Eglise ne se corrige pas bientôt? Notre-Dame de Fatima a déjà répondu à cette question: guerres et persécutions de l'Eglise, martyre des Catholiques, souffrance du Saint-Père, anéantissement des nations, perte de millions d'autres âmes.

       Ceux qui ont agencé la nouvelle orientation de l'Eglise et imposé la Ligne du Parti à Fatima insistent sur le mépris de ces divins avertissements, même s'ils ont été confiés par la Mère de Dieu Elle-même et authentifiés par un miracle public sans précédent dans l'histoire des hommes. Non, nous ne pouvons mépriser les avertissements et le temps est venu où ce n'est pas le Message de Fatima que nous devons mépriser, mais le conseil humain de ces hommes bien trop faillibles. A leurs fruits, vous les reconnaîtrez, et les fruits de leur politique et de leurs jugements sont là, à la vue de tous: L'Eglise est au plus profond de sa crise en 2 000 ans et le monde se précipite vers une apocalypse.

       Nous avons fait notre procès de notre mieux; nous nous sommes acquittés de notre devoir de conscience devant l'Eglise et au banc de l'histoire. Maintenant, lecteur, nous vous le soumettons: un devoir vous revient. Nous vous demandons de considérer les preuves que nous avons présentées et de rendre votre verdict — un verdict sur l'existence d'une bonne cause pour demander que la plus haute autorité de l'Eglise juge et corrige les actions de ces hommes, en réparant le dommage causé et faisant ainsi justice à l'Eglise et au monde.

       Mais en attendant que la justice soit rendue, nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour nous protéger d'un mal plus grand, nous protéger nous-même, ceux que nous aimons, nos coreligionnaires catholiques et le monde en général.

       Cela veut dire, tout d'abord, qu'il nous faut rejeter les faux conseils de ces autorités qui ont essayé de remplacer les paroles de la Mère de Dieu par leurs propres paroles, et le plan de paix céleste par leur propre plan. Nous avons vu les résultats ruineux de leur sagesse humaine faillible qu'ils continuent à essayer d'imposer à l'Eglise contre l'évidence de notre bon sens, les impératifs de notre raison et les paroles mêmes de la Mère de Dieu Elle-Même. Avec tout le respect dû à leurs fonctions dans l'Eglise, nous devons dire de ces hommes que dans la mesure où sont concernés le Message de Fatima et ses implications dans l'Eglise et le monde, ils ont perdu leur propre crédibilité. Nous ne devrions plus les suivre.

       Comme nous l'avons vu dans l'exposé correct de la crise arienne par le Cardinal Newman, la crise actuelle de l'Eglise ne serait pas la première de Son histoire où il fut laissé aux laïcs de maintenir la Foi, sans l'aide de la hiérarchie supérieure ou même de la plupart des évêques, en se basant à la place sur leur propre sensus catholicus et quelques bons prêtres et prélats qui ne succombèrent pas à la confusion régnante. Pendant la crise arienne presque toute la hiérarchie a perdu de vue quelque chose d'aussi fondamental que la divinité du Christ et les laïcs, pour la sécurité de leur âme, durent cesser de suivre les autorités pendant au moins quarante ans. Il est manifeste que s'est produite aujourd'hui une situation analogue. Celui qui regarde objectivement la condition actuelle de l'Eglise peut-il sérieusement nier qu'Elle subit une crise de la foi et de la discipline non moins grave que celle du temps d'Arius?

       Dans Réforme de la Liturgie Romaine, le liturgiste réputé Monseigneur Klaus Gamber, déplorant la destruction ecclésiale causée par les «réformes» liturgiques du Pape Paul VI, a fait les observations suivantes:

       Grande est la confusion! Qui peut encore y voir clair dans ces ténèbres? Où sont dans notre Eglise les chefs qui peuvent nous montrer le droit chemin? Où sont les évêques assez courageux pour couper court à l'expansion cancéreuse de la théologie moderniste qui s'est implantée et corrompt la célébration des plus sacrés mystères, avant que le cancer ne s'étende et ne cause encore des dommages plus importants? Ce qu'il nous faut aujourd'hui, c'est un nouvel Athanase, un nouveau Basile, des évêques comme ceux qui, au Quatrième Siècle, ont courageusement combattu l'hérésie arienne alors que presque toute la Chrétienté avait succombé à l'hérésie16.

       En attendant qu'émergent dans l'Eglise de tels chefs, en attendant la fin de la crise actuelle et la remise en place des choses, nous devons nous former, et former les autres sur la Foi, en la défendant de notre mieux. A notre époque, cette tâche requiert que nous défendions aussi le Message de Fatima, car selon l'enseignement de Saint Thomas, à toute époque Dieu envoie des prophètes, non pour donner une nouvelle doctrine, mais pour rappeler aux fidèles ce qu'ils doivent faire pour sauver leur âme. Le grand prophète de notre temps est Notre-Dame de Fatima. Comme Sœur Lucie elle-même l'a dit dans la célèbre entrevue avec le Père Fuentes en 1957:

       Père, la Très Sainte Vierge est bien triste, car personne ne fait cas de son message, ni les bons, ni les mauvais. Les bons continuent leur chemin, mais sans faire cas du message. ...

       Dites-leur, Père, que la Très Sainte Vierge, plusieurs fois, aussi bien à mes cousins François et Jacinthe qu'à moi-même nous a dit que beaucoup de nations disparaîtront de la surface de la terre, que la Russie sera l'instrument du châtiment du Ciel pour le monde entier si nous n'obtenons pas auparavant la conversion de cette pauvre nation (...)

       La conversion de la Russie n'a pas été obtenue. Quiconque a du bon sens peut le reconnaître. Puisqu'il en est ainsi, l'anéantissement des nations va sûrement arriver, à moins que les hommes qui gouvernent l'Eglise changent de direction, abandonnent leurs nouveautés destructrices, et fassent simplement ce qu'a requis la Mère de Dieu à Fatima. Nous ne pouvons plus simplement prendre le risque de nous en remettre aux conseils de ceux qui sont déterminés à ignorer les vrais signes des temps, les signes d'une apocalypse en résumé, prédite par la Vierge à Fatima. Implorant la grâce de Dieu, nous devrons faire progresser la cause de la vraie paix dans le monde, sans l'aide de nos supérieurs, dont un si grand nombre ont été aveuglés dans leur poursuite d'une vision de l'Eglise nouvelle et différente.

       Dans cette entreprise nous devons nous rassembler sous le manteau de Notre-Dame de Fatima, priant sans cesse pour Son intercession dans ce temps de grande confusion, sans oublier jamais Ses promesses indéfectibles à l'Eglise et au monde.

       Notre-Dame de Fatima, Priez pour Nous!

Notes:

1. New York Times, 2 mars 2002.

2. Donald Cozzens, The Changing Face of the Catholic Priesthood (Le Sacerdoce Catholique Change de Visage), (Liturgical Press, Collegeville, Minnesota, 2002), p. 135.

3. CNN, 21 mars 2001.

4. BBC Online, 2 mars 2002.

5. AP News, 2002.

6. Zenit News, 17 février 2002.

7. Zenit News, 22 décembre 2000.

8. Reportage et photographie de AP, 28 février 2002.

9. Catholic News Service Report, 8 mai 2001.

10. National Catholic Register Online Web Edition, 28 avril-5 mai 2002.

11. CWNews, 2 mars 2002.

12. Electronic Telegraph, 2 mars 2000.

13. Reportage de «Zenit,» 3 juillet 2002, «Le Vatican Contribue à la Cour Criminelle Internationale.»

14. «La Cour Mondiale Maintenant une Réalité» de Mary Jo Anderson, 11 avril 2002, WorldNetDaily, et «Stopper la Cour Criminelle Internationale» de Mary Jo Anderson (www.catholiceducation.org/articles/social_justice/sj0003.html).

15. «La Cour Criminelle Internationale contre le Peuple Américain,» par Lee A. Casey et David B. Rivkin Jr., reportage de la Fondation d'Héritage daté du 5 février 1999, qu'on trouve au (www.heritage.org/Research/InternationalOrganizations/BG1249.cfm).

16. Monseigneur Klaus Gamber, The Reform of the Roman Liturgy (La Réforme de la Liturgie Romaine), (Foundation For Christian Reform, Harrison, New York, 1993), p. 113.


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